A l'occasion de la semaine de l'unité des chrétiens, le groupe des jeunes pro de Lille s'est interessé aux chrétiens d'Orient. 

Les  Eglises Chrétiennes du Proche et Moyen-Orient

(d’après le numéro de la revue l’Histoire de décembre 2008,à lire pour des informations plus complètes avec notamment de nombreux documents et cartes de la région)

 

Nous connaissons tous au moins partiellement l’histoire des origines de l’Eglise catholique relatée par les Actes des Apôtres. Après la mort du Christ, la question de l’organisation des croyants en Jésus, qu’on n’appelait pas encore chrétien s’est posée. Un des acteurs ayant joué un rôle crucial dans l’émergence de l’Eglise est Paul après sa conversion sur le chemin de Damas. En interaction avec Pierre et les Apôtres, il contribua à la propagation de la foi chrétienne dans l’Empire romain autour du bassin méditerranéen.

Mais il est intéressant de constater que Paul fut accueilli à Damas par un chrétien du nom d’Ananie, signe que la foi chrétienne y avait déjà été propagée…

De la même façon, les Actes relatent la fondation quelques années après la mort du Christ la fondation d’une communauté chrétienne à Antioche, alors capitale de la province romaine de Syrie. C’est là que les disciples du Christ auraient reçu pour la première fois le nom de « chrétiens » (Ac, XI, 19-25).

 

1/ Aux origines des Eglises d’Orient

Les premiers développements du christianisme dans l’Empire romain (en Orient comme en Occident) sont relativement bien connus. Mais la naissance des communautés chrétiennes hors de l’empire est plus difficile à cerner en l’absence de documents. On sait en tout cas que c’est à Edesse (actuelle Urfa en Turquie) que s’est constituée le cœur de la chrétienté de langue araméenne, c’est là aussi que c’est développée une littérature chrétienne araméenne et qu’a été établie dès le II ème siècle, la version chrétienne araméenne de la Bible qui a irrigué la vie religieuse et liturgique de tout l’Orient.

C’est d’Edesse que semble être partie au III ème siècle l’évangélisation vers la Mésopotamie, un rôle que la tradition attribue à Mari et Thomas. Dans l’espace iranien, c’est un peu plus tard, au III ème siècle, que le christianisme s’est véritablement développé. De ses campagnes contre l’empire romain, l’empereur Shapour Ier avait ramené de nombreux prisonniers, déportés par communautés entières. Ces communautés de culture grecque ou araméenne se sont vite reconstituées dans l’empire iranien. Des sources attestent également que dès cette époque, il y avait dans l’empire iranien une hiérarchie ecclésiastique avec différents diocèses.

cleemis - malankar Rien ne semble avoir arrêté le mouvement de christianisation qui s’est propagé à partir du IIIème siècle jusqu’au confins du monde connu à l’époque (vestiges d’églises au Koweit, sur l’île de Kharg – sud de l’Iran -, Bahrein…). Un géographe grec du VI ème siècle mentionne la présence de chrétiens à Ceylan (Sri Lanka actuel) et d’un évêché en Inde du Sud. Les chrétiens de cette région affirment d’ailleurs avoir été évangélisés par St Thomas.

Au milieu du VIIe siècle, le christianisme atteint la Chine (stèle de Xian érigée en 781 : inscription en syriaque et profession de foi chrétienne écrite en chinois). En parallèle, l’activité missionnaire se poursuivit en Asie centrale parmi les populations de langue iranienne ou turque (traces d’églises ou de monastères en Ouzbékistan, Turkménistan…). Ces communautés se sont maintenues jusqu’au XIVe siècle.

En Afrique, la première christianisation reste peu connue. En Egypte, aucun écrit comparable aux Actes n’existe. Il est probable que la christianisation de l’Egypte a commencé dès le Ier siècle et Alexandrie était un centre intellectuel important de l’Eglise dès le IIe siècle. En Ethiopie, l’histoire est mieux connue : deux marchands romains naufragés revenant d’Inde sont à l’origine au IV ème siècle des premières conversions. Dès la seconde moitié du IVe siècle, il semble que la monarchie éthiopienne était acquise au christianisme et toujours dès le IV ème siècle, la Bible a été traduite en guèze, la langue éthiopienne. Son éloignement par rapport au proche Orient et son isolement a longtemps contribué à maintenir cette église éthiopienne dans une autonomie de fait.

 

2/ la constitution des différentes Eglises d’Orient

L’apparition des différentes églises orientales s’est faite progressivement à partir du III ème siècle.

Carte Expansion christianis Aux origines, l’Eglise était organisée en trois patriarcats : Alexandrie pour l’Egypte, Rome pour l’Occident et Antioche pour l’Orient. Quand Constantinople devient capitale de l’Empire romain d’orient, en 395, elle devient également siège du patriarcat pour l’Asie Mineure (l’actuelle Turquie) et la Grèce. Jérusalem était également considérée comme un patriarcat, du fait de son rôle historique et symbolique, ayant autorité sur la Palestine.

Si bien, qu’au III ème siècle, la majeure partie du Proche Orient était sous l’autorité ecclésiastique du patriarcat d’Antioche.

Très tôt, les chrétiens de Mésopotamie, située hors de l’Empire romain, se sont trouvés confrontés à une situation délicate. En effet, les empires parthes puis sassanides, autorités politiques de cette région, étaient en conflit fréquent avec l’Empire romain puis byzantin. Dès lors, les chrétiens de cette communauté pouvaient être considérés en quelque sorte comme une cinquième colonne. Surtout que l’empereur romain Théodose impose le christianisme en 391 comme religion officielle de l’Empire et se considère comme le protecteur de tous les chrétiens. Cette position très inconfortable a suscité répression et persécutions, comme l’atteste les Actes des martyrs persans (IVe – VIe siècles). Ils attestent également de la vitalité de cette église avec des évêques, des prêtres, des moniales…C’est dans ce contexte et pour des raison essentiellement politiques, que l’Eglise apostolique de l’Orient s’est développée comme une Eglise autocéphale (ne reconnaissant pas d’autorité extérieure) Le Credo de cette église est conforme à la foi commune définie au concile de Nicée. Cette indépendance de fait ne signifiait pas pour autant rupture, ni dans les relations intellectuelles, ni dans la communion.

L’apparition des autres Eglises d’Orient est liée à l’intensité des discussions théologiques portant sur la nature du Christ. Est-il pleinement Homme et pleinement Dieu à part égale et ce de façon distincte et indépendante ou bien ces deux natures du Christ sont-elles unifiées en Lui ? Les partisans du premier courant, à l’origine de l’Eglise Nestorienne, refusaient ainsi de reconnaître à Marie, le titre de Mère de Dieu, lui préférant celui de mère du Christ. Au concile d’Ephèse, le nestorianisme fut condamné comme hérétique et rejetté par l’Eglise. Les partisans due nestorianisme se réfugièrent dans l’Empire perse.

Un nouveau concile eut lieu en 451 à Chalcédoine pour trancher le débat opposant les tenants de la ligne officielle à ceux qui prétendaient que après l’Incarnation, il ne fallait plus que reconnaître la nature divine et non plus humaine (ce sont les monophysites). Le concile adopta alors une définition qui insistait sur la persistance des deux natures après l’union en une seule personne : le Christ est à la fois pleinement Dieu et pleinement Homme. La doctrine monophysite fut alors condamnée. Si en occident les résultats du Concile furent admis sans difficulté, il y eut beaucoup d’opposition dans la partie orientale de l’empire. Et avec l’aide de l’impératrice Théodora (épouse du célèbre Justinien qui soutenait les résultats du concile de Chalcédoine), une église monophysite se développa en Syrie (cette église est également appelée jacobite ou syriaque orthodoxe). Cette église de part ses origines a toujours marqué une forte opposition au pouvoir grec et ce n’est qu’après la conquête arable que cette église se développa véritablement.

Par opposition, les partisans du Concile de Chalcédoine furent appelés melkites.

En Egypte, la plus grande partie de la population adhéra aux thèses monophysites, avec notamment une dimension rejet du pouvoir byzantin. Cependant à Alexandrie, ville grecque, l’Eglise impériale gardait des adeptes et il y eut alors deux patriarches : l’un chef de l’Eglise copte orthodoxe (monophysite) et l’autre de l’Eglise grecque orthodoxe (chalcédonienne).

De son côté, l’Eglise d’Arménie, située entre l’Empire romain et l’Empire perse, s’est aussi organisée en église autonome. Elle finit également par rejeter le concile de Chalcédoine essentiellement là aussi pour des raisons politiques (opposition à Byzance). Cette Eglise s’appelle l’Eglise arménienne grégorienne.

Il reste à citer l’Eglise maronite, dont les représentants actuels sont essentiellement au Liban , qui est également apparue dans ce contexte de luttes théologiques. Elle est issue de l’activité au V ème – VI ème siècle  d’un groupe de pression et d’influence organisé autour du monastère de Mar Maron en Syrie non loin de l’Oronte. Au départ, les moines de cette abbaye étaient de fervents supporters du concile de Chalcédoine tout en promouvant l’idée de l’unique volonté – divine - dans le Christ (monothélisme). Le mouvement associé à ce monastère formait une véritable école de pensée théologique. La condamnation du  monothélisme en 681 par l’Eglise chalcédonnienne amena le mouvement maronite dans l’opposition puis à l’émergence de cette Eglise (élection d’un patriarche propre).

 

3/ Particularités des Eglises d’Orient

Les chrétiens d’Orient se distinguent des chrétiens de rite latin par la langue et certaines pratiques liturgiques. La langue culturelle et liturgique des chrétiens du Proche-Orient, que l’on appelle syriaque, est l’araméen diffusé d’Edesse par les missionnaires. Ils utilisent la traduction syriaque de la Bible, la Peshitta. C’est fondamentalement cette culture commune qui fait encore aujourd’hui l’unité des Eglises syriaques, au delà des divisions institutionnelles. En Egypte, le copte, évolution ultime de la langue pharanoique, est la langue culturelle de l’Eglise copte.

Chaque patriarcat a développé sa propre forme de liturgie : l’Eglise apostolique d’Orient  conservé une liturgie ancienne plus proche de ses origines juives que celles du pourtour méditerranéen. Les chrétiens de culture sémitique accordent également un rôle beaucoup moins grand à l’image que dans le monde grec par exemple. Le crucifix n’est jamais représenté, au profit de la seule croix nue, celle de la victoire sur la mort.

 

4/ Histoire moderne et contemporaine des Eglises d’Orient

Ces différentes Eglises furent confrontées à nombre de bouleversements géopolitiques et ce toujours de nos jours. La région du Proche-Orient fut ainsi successivement conquis par les Arabes puis par les Turcs avec même des incursions des Mongols (prise de Bagdad en 1258). Le pouvoir musulman accordait une certaine liberté de culte tout en imposant un impôt sur les communautés chrétiennes (et juives) : la djizya (capitation pesant sur les non-musulmans). Mais il y eut également des périodes de persécutions, qui combinées à cette pression fiscale furent à l’origine de nombreuses conversions à l’Islam. Il y eut également les Croisades et la création d’Etats latins en Terre Sainte. Cette présence latine fut à l’origine d’échanges culturels importants entre christianisme d’Occident et d’Orient. Cette période fut également source de tension avec les Mamelouks d’Egypte puis les Turcs lors de leur reconquête (de nouveau la crainte que cette communauté puisse par accointance religieuse avec les Latins puisse trahir le pouvoir musulman. Sous l’Empire ottoman, le statut des chrétiens n’évolua guère au départ : relative protection accordée « aux gens du Livre » (les Juifs étaient également concernés) : la Dhimma, associé à l’impôt par capitation. Et ce jusqu’en 1856 où l’égalité et la liberté de tous les sujets ottomans furent établies sans distinction de religion, de race ou de langue. Mais cela ne signifiait pas la fin des tensions avec la communauté musulmane de l’Empire, marquée par les défaites militaires de l’Empire face à l’Europe chrétienne et face à la construction d’églises à l’architecture triomphante (avec des aides des pays européens). Ainsi la fin de la période ottomane se manifesta par des massacres : génocide des Arméniens notamment.

 

5/ Situation actuelle des Eglises d’Orient

Actuellement, la région est toujours particulièrement sensible sur le plan géopolitique : montée du nationalisme arabe, islamisme radical, guerres du Golfe… Ainsi en Irak, la communauté chrétienne est particulièrement ciblée par certains radicaux islamistes, alors que le pouvoir de Saddam Hussein était en partie exercée par des personnalités de confession chrétienne. Le Liban a également particulièrement été affecté par ces tensions géopolitiques. De nombreux chrétiens d’Orient ont émigré en Occident et de véritables diasporas ont ainsi vu le jour en Europe et aux Etats Unis. Mais il est important de noter que les populations musulmanes sont également affectées par ce départ vers l’Occident ou d’autres pays. Il faut en effet voir dans ces départs quelle que soit la confession des personnes concernées les effets de la pauvreté, de la violence, de l’instabilité politique et de la recherche d’un cadre de vie meilleur pour soi et sa famille.

Les chrétiens d’Orient représentent actuellement 4% des habitants du Proche-Orient (6 millions de personnes) avec une très grande majorité de copte dans ce total (ils sont de l’ordre de 4 millions). Si dans la plupart des pays la liberté de culte ou de conscience est affirmée (à l’exception de l’Arabie Saoudite et du Soudan), les différentes communautés chrétiennes sont confrontées à un islam standardisé néo-fondamentalisme issu de la péninsule arabique (wahabisme) qui tend à se propager et sont marginalisées, sauf peut-être au Liban. A l’exception de la Turquie et du Liban, l’Islam est religion de l’Etat ou du chef de l’Etat et la loi islamique est présentée comme une source, voire la source principale des lois de l’Etat.

Mais il est important de conclure en ajoutant que les Eglises d’Orient sont aussi actuellement en plein renouveau : clergé jeune et bien formé, rapprochement avec l’Eglise catholique (participation des melkites au Concile Vatican II notamment), création du Conseil des Eglises du Moyen-Orient, développement du monachisme avec la reconstruction de monastères, sans oublier la construction d’églises dans plusieurs pays musulmans, signe de leurs ouvertures. Et ce dans des lieux qui n’en avaient plus connu depuis des siècles ou n’en avaient même jamais connu comme à Charm el-Cheikh - Egypte). La multiplication d’églises au Koweit, dans les Emirats, à Bahrein, à Oman et tout récemment la construction d’une première église au Quatar illustre le nouveau visage du christianisme au Moyen-Orient.


Guillaume

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Eglises orientales tab


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